Barcelone 2011 – Voyage d’étude

I. Présentation de l’AMPLI – Associació de Musictecaris Catalans

Josep Lluís Villanueva (Président de l’AMPLI)

& Julián Figueres (Bibliothèque Vapor Vell, Barcelone)

L’association AMPLI -inspirée par la découverte de l’association ACIM, en France- a été créée par un groupe de bibliothécaires intéressés par la musique. Il y a quatre ans, lors d’une journée sur la musique numérique à Dole, nous avons rencontré Sophie Cornière et Nicolas Blondeau. C’est alors qu’a commencé à germer l’idée d’apporter à nos bibliothèques cet esprit de collaboration entre collègues spécialisés dans le développement et l’animation de la musique en bibliothèque.

La notion de musictecari provient de celle de discothécaire utilisée en France et qui n’avait jamais existé ici. Dans les années 80 nous avions copié le modèle de prêt de CD en bibliothèque, ainsi que la classification. Le profil professionnel du musictecari est inspiré du profil du discothécaire tel qu’il est défini dans les textes de l’ACIM.

Formation et coopération

La première idée de base était la formation spécialisée des collègues à fin de pouvoir offrir un bon service musical. Deuxièmement, il s’agissait aussi de mettre en commun toute initiative autour de la musique dans les bibliothèques de notre réseau.

Quand l’AMPLI est née, il n’y avait pas dans le domaine de la musique des structures de coopération entre professionnels, à la différence d’autres secteurs en bibliothèque, comme la littérature jeunesse ou la bande dessinée.

Nous nous proposons faire un suivi permanent de l’actualité musicale, y compris sous forme numérique. Le fait que nous vivons un moment particulièrement intéressant nous a poussé à développer une réflexion et un débat constants.

Le blog

Nous avons toujours voulu être un générateur de propositions et d’idées pour les responsables et les collègues. C’est dans ce but qu’est né le blog de l’AMPLI comme espace de rencontre et laboratoire d’essai des possibilités de mise en ligne de la musique.

La page d’accueil du blog résume les principaux aspects de l’activité de l’association :

  • Essais et réflexion professionnelle ;

  • Congrès et institutions ;

  • Cours et présentations « musicthécaires » ;

  • Diffusion musicale dans les bibliothèques (recueil des expériences et pratiques des professionnels du réseau) ;

  • Bibliothèque de l’AMPLI (sélection d’ouvrages en rapport avec le domaine d’activité de l’association) ;

  • Discothèque de l’AMPLI (sélection de disques faite par les membres du groupe en fonction de leurs envies et goûts personnels) ;

  • Monographies et reportages ;

  • Ressources pour les professionnels ;

  • Séries thématiques (reportages monographiques publiés de façon périodique).

II. Présentation de VDL – Vidéothécaires et Discothécaires

de la région Lyonnaise

Christian Massault (Président de VDL)

VDL est une association professionnelle crée en 1984 en Rhône-Alpes, la deuxième région de France, analogue en taille et en nombre d’habitants à la Catalogne, avec huit départements et environ 8 millions d’habitants.

Un objectif principal : la formation

1984 c’était le début de l’apparition des CD en bibliothèque, dans un contexte où il y avait très peu de collections musicales. Les bibliothécaires musicaux se sentaient très isolés dans leurs établissements, entourés de bibliothécaires qui ne comprenaient pas toujours pourquoi il fallait avoir des disques en bibliothèque. La musique en bibliothèque existe depuis qu’elle s’écrit, depuis le Moyen Âge, mais le disque a mis du temps à être accepté comme un document aussi légitime que le livre.

L’association s’est constituée pour réunir les collègues travaillant autour des questions musicales et c’est fixé des objectifs de formation. Depuis vingt-sept ans nous organisons des journées d’étude qui permettent de réfléchir ensemble sur des questions d’actualité touchant nos métiers.

L’association VDL a contribué à la création d’une association nationale, l’ACIM (Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale). Les deux associations ont des objectifs très similaires, mais VDL permet d’avoir une activité plus régulière et un effet de proximité entre les bibliothécaires d’un territoire.

Assemblées et rencontres nomades

Un des principes de notre fonctionnement c’est de se rencontrer quatre fois par an. Chaque réunion a lieu sous la forme d’une assemblée générale, et elle permet à tous les participants de l’association, qu’ils soient adhérents ou utilisateurs, de pouvoir agir, décider ensemble de façon collective et interactive.

L’autre principe est le nomadisme, qui nous conduit à organiser ces rencontres tour à tour dans tous les endroits de la région de façon à que chacun puisse un jour ou un autre accueillir dans son établissement une réunion de l’association. Nous retrouvons ce nomadisme aussi dans l’ACIM. C’est d’ailleurs en 2010, lors des rencontres nationales d’Aix-en-Provence, que nous avons envisagé avec certains d’entre vous, qui n’avaient pas encore constitué l’AMPLI en tant qu’association, de vous inviter à une rencontre. Nous commençons donc cette année par un voyage. Ce sont des collègues français qui ont souhaité venir à votre rencontre, et nous souhaitons vous inviter l’année prochaine, pour ceux qui le souhaitent et ceux qui le pourront, à venir nous rencontrer lors d’une journée d’étude professionnelle.

La troisième activité de VDL est l’organisation de voyages d’étude pour rencontrer les collègues. Nous avons commencé par des voyages en France, dans des lieux où il y a des établissements exemplaires ou qui ont travaillé sur des formules innovantes, et depuis quelques années nous avons décidé aussi d’organiser ces voyages à l’étranger, en Europe pour des questions de moyens logistiques et financiers, pour que cela reste accessible à chaque adhérent.

Mutualisation

Nos prochains rendez-vous sont prévus au mois de mars 2012 pour les rencontres nationales de l’ACIM à Montreuil. Nous essayons tous les trois ans d’organiser ces rencontres en un lieu qui est plus facile d’accès pour un maximum de professionnels. En ce qui concerne la prochaine journée VDL, elle aura lieu près de Lyon. Les deux rencontres porteront sur une thématique commune, qui est celle de la mutualisation : comment faire face aux défis, dont certains ont été rappelés, de l’évolution des pratiques musicales, et comment le faire en utilisant au mieux les ressources des uns ou des autres et en mutualisant nos moyens, nos idées, nos expériences.

III. Services et réseaux de la ville de Barcelone

Anna Broll (Consortium de Bibliothèques de Barcelone)

Le réseau de bibliothèques de la ville de Barcelone naît en 1998, avec le Plan de Bibliothèques. Ce plan décennal a permis de passer de 18 bibliothèques en 1998 à 37 actuellement1. La plupart de 18 bibliothèques des débuts du plan n’existent plus telles qu’elles étaient : elles ont été rénovées ou agrandies. On a assisté donc à un grand développement du réseau de ville, développement qui a été cependant postérieur à celui des réseaux régional et provincial.

En 2010, alors que 95% des objectifs du Plan de Bibliothèques avaient été atteints, nous avons décidé de mettre en place le projet « Bibliothèques de Barcelone, dix ans de plus : nouveaux défis, nouvelles opportunités ». Ainsi, nous avons créé plusieurs commissions de travail chargées de définir les objectifs à atteindre pour les dix prochaines années.

Les résultats de ces commissions ont été présentés en novembre 2010 lors d’une rencontre internationale à la Bibliothèque Jaume Fuster. C’est en nous inspirant des expériences d’autres grandes villes, européennes en particulier, que nous avons défini les principaux axes de notre travail.

Le premier est l’engagement avec la ville de Barcelone. C’est à dire, engagement avec les activités culturelles sur le territoire de la commune, avec les associations qui travaillent dans le domaine de la culture et l’éducation, et enfin, vis-à-vis de la population, dont une grande partie fréquente nos bibliothèques.

Nous tenons aussi à un service de proximité. Ceci se traduit dans la volonté que chaque citoyen ait une bibliothèque à un maximum de 15 minutes à pied de chez lui. Cette proximité implique aussi de réfléchir aux services proposés en nous mettant à la place de l’usager. Les espaces ont aussi une très grande importance : récupération du patrimoine, création de nouveaux lieux, aménagement intérieur…

Nous voulons promouvoir la participation des usagers, raison pour laquelle nous sommes très présents sur les réseaux sociaux (facebook, twitter, youtube…). Au moment où je vous parle, par exemple, nous sommes deux ou trois personnes à être connectées au twitter et au facebook des bibliothèques de Barcelone et nous essayons de répondre dans les 24 heures aux questions qui nous arrivent, ceci tous les jours de l’année.

L’accent est mis aussi sur les activités culturelles, en particulier celles en lien avec les centres d’intérêt de chaque bibliothèque. Par exemple, dans le cas de Vapor Vell, spécialisée dans la musique moderne, une des activités qui marche le mieux est le Music Spy Club2.

Enfin, sous souhaitons faire des bibliothèques un espace de cohésion sociale. De très nombreux usagers viennent dans les bibliothèques parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir des livres, de se connecter au web ou d’assister à des activités culturelles.

Pour conclure, nous essayons toujours d’avoir des projets innovants, car ce sont eux qui nous permettront de donner de l’ampleur à notre réseau de bibliothèques.

1 La ville de Barcelone est divisée en dix districts (arrondissements). Le réseau des bibliothèques de la ville possède dans chaque district un « mini-réseau » chargé de desservir les habitants du district. Chaque « mini-réseau » a une bibliothèque tête de réseau. Lors de notre voyage à Barcelone, nous avons eu l’occasion de visiter la Biblioteca Vapor Vell (Sants-Montjuïc), la Biblioteca Jaume Fuster (Gràcia) et la Biblioteca Agustí Centelles (Esquerra de l’Eixample).

2 MUSIC SPY CLUB est un cycle d’auditions de musique moderne lors desquels des morceaux parus dans les 12 derniers mois son écoutés et commentés avec la participation de critiques musicaux, journalistes, musiciens… Le but est de mettre en valeur, parmi l’avalanche des produits dominants, les travaux représentatifs de la musique moderne. Les séances sont libres.

IV. Collections et réseau provincial

Montse Cantí (Gérance du Service de Bibliothèques

de la Députation de Barcelone)

Institution supra-locale, la fonction de la Députation de Barcelone est de soutenir les communes dans le déploiement de leurs compétences et de garantir l’équilibre territorial entre les 311 communes du territoire en ce qui concerne l’accès aux services publics.

La loi espagnole des collectivités municipales définit les bibliothèques comme une compétence communale. Selon cette loi, toutes les communes de plus de 5000 habitants doivent avoir une bibliothèque. Dans sa Carte de Lecture Publique, le législateur régional (Generalitat de Catalogne) a abaissé ce seuil à 3000 habitants. Aujourd’hui, 133 communes de la démarcation ont leur propre bibliothèque. Quant aux communes entre 300 et 3000 habitants, elles bénéficient d’un service de bibliobus.

La Députation de Barcelone participe à la constitution et à l’enrichissement des collections, ainsi qu’au conseil dans la planification du déploiement des bibliothèques (projets architecturaux, informatisation, dotation en personnel technique…).

Constitution et renouvellement des collections

La Députation fourni le fonds initial (« dotation initiale ») des nouvelles bibliothèques. A charge de la commune ensuite de compléter les fonds avec des ouvrages en fonction de son territoire, en acquérant par exemple des fonds spécialisés (musique, photographie, fonds local…). Nous participons également au renouvellement des collections à hauteur de 50%. Enfin, nous prenons en charge la gestion des abonnements aux publications périodiques, la création et la maintenance du catalogue collectif du réseau, et la sélection et abonnements des ressources numériques.

Les accords cadre passés entre les communes et la Députation comportent aussi une valeur ajoutée, ceci à plusieurs niveaux : remises sur les documents, catalogage, équipement et distribution aux bibliothèques.

La sélection du fonds initial et du fonds de renouvellement est faite par la Gérance du Service des Bibliothèques de la Députation à partir de plusieurs critères :

  • Garantir la qualité du fonds par une sélection soignée, avec des ouvrages de qualité et permanents ;

  • Veiller à l’équilibre des collections : thématique ; entre les différents supports ; entre les ouvrages de fiction et les documentaires ; entre les publics adulte et jeune ; entre les ouvrages en langue catalane, en langue espagnole et en d’autres langues.

Le fonds initial est constitué à partir d’une bibliographie basique en fonction du type de bibliothèque : grande, moyenne ou petite. Dans tous les cas, en ce qui concerne les supports les pourcentages sont les suivants : 87% livres, 8% CD musicaux et 5% DVD. Et concernant le public : 75% adultes et 25% enfants.

Quant au renouvellement des collections, la sélection et l’acquisition sont reparties en plusieurs lots :

  • Livres documentaires et de fiction pour tous publics

  • CD musicaux dans tous les genres

  • DVD de fiction et documentaires

  • Livres CD

  • Revues et journaux

Si la commune souhaite avoir d’autres types de documents (jeux vidéo, cartes, estampes), c’est à elle de les prendre en charge.

Par rapport au fonds initial, le fonds de renouvellement compte avec une présence plus importante des documents audiovisuels : 18% en CD et 12% en DVD pour les petites et moyennes bibliothèques ; 17% en CD et 11% en DVD pour les grandes.

En plus du budget propre consacré au renouvellement des collections, la Députation bénéficie d’une participation de la Région (concernant le fonds en langue catalane) et du Ministère de la Culture.

Dans son travail de sélection, la Gérance bénéficie du soutien de bibliothécaires spécialisés du réseau de bibliothèques de la province de Barcelone.

Limites du modèle centralisé

Ceci dit, ce modèle présente plusieurs points faibles : délai entre la sortie sur le marché des documents et leur arrivée dans les bibliothèques municipales, dû principalement à la longueur de la procédure administrative ; participation limitée des bibliothécaires municipaux ; uniformité des collections.

A partir de janvier 2012, nous avons décidé de mettre en place une application en ligne permettant aux bibliothèques municipales de choisir elles mêmes les documents qu’elles souhaitent recevoir parmi ceux sélectionnés par notre service. Nous avons prévu aussi d’augmenter la fréquence des livraisons dans les grandes bibliothèques.

Collections musicales

Dans la constitution du fonds musical, nous veillons à la présence de tous les genres musicaux et pour tous les publics : musiques du monde, jazz, pop/rock, classique, nouveaux langages musicaux, musique fonctionnelle, musique pour enfants… Chaque genre est représenté en fonction de son « poids » et de son histoire, mais aussi de son taux de rotation. Ceci dit, le succès médiatique d’un titre n’est pas un critère que nous retenons.

Malheureusement, la marché discographique ne permet pas toujours d’obtenir une représentation appropriée de chaque genre musical, avec très peu de maisons d’édition avec un catalogue stable. À ceci, s’ajoutent les nouvelles pratiques de consommation et la facilité et gratuité de l’accès en ligne. Le résultat en est une diminution sensible de l’écoute en sale et du prêt, qui est passé de 15% en 2007 à 9,5% en 2010.

Face à cette évolution, l’avenir de la musique en bibliothèque passe par la mise en valeur des collections, la diffusion sélective et le travail de prescription et d’orientation.

V. La consommation musicale dans les bibliothèques publiques

de Catalogne : situation actuelle et avenir numérique

Josep Vives (Chef du Service des Bibliothèques de la Generalitat de Catalogne)

Le statut d’autonomie de la Catalogne de 1979 donne des compétences au gouvernement catalan dans le domaine des archives, des bibliothèques, des musées et d’autres équipements culturels non régentés par l’Etat.

La Catalogne compte 356 bibliothèques publiques (dont 353 municipales et 3 sous la tutelle de la Région) pour une population de sept millions et demi d’habitants. Ces bibliothèques font partie du Système de Lecture Publique et répondent aux standards définis par les pouvoirs publics. A ces chiffres il faut ajouter aussi 11 bibliobus, dont 9 gérés par la Députation de Barcelone et 2 par la Région, et 5 services centraux de bibliothèques distribués sur le territoire catalan. Les bibliothèques municipales bénéficient du soutien de la Generalitat de Catalogne (le gouvernement régional) et des quatre députations catalanes(Barcelone, Gérone, Lleida et Tarragone).

En 2010, environ 40% des habitants de la Catalogne ont une carte de lecteur. Le fonds total des bibliothèques s’élève à 13 millions de documents, avec donc une moyenne de 1,74 documents par habitant.

La fréquentation en 2010 s’est élevée à 23,7 millions de visites, ce qui fait de la bibliothèque l’équipement culturel le plus fréquenté en Catalogne. La même année on a relevé 16,5 millions de prêts de documents et 3,1 millions d’accès aux services numériques (Internet et bureautique).

Musique : la question du support

Si les documents sonores représentent 8,1% des fonds des bibliothèques, le pourcentage dans le total des prêts est de 9,4%. Ceci dit, malgré le fait d’avoir maintenu à un niveau stable le pourcentage d’acquisitions dans le secteur musique, le nombre de prêts sur support CD n’a pas cessé de décroître au cours des cinq dernières années . Par ailleurs, même si le taux de rotation en musique est supérieur à celui des imprimés, le poids de ce taux de rotation doit être relativisé, car la durée de vie du CD en bibliothèque est inférieure en moyenne à celle du livre.

Si nous analysons la dernière enquête sur les pratiques culturelles du Ministère espagnol de la culture, 64% des Espagnols écoutent de la musique tous les jours (à la maison, dans la voiture, au travail, dans les transports publics…). Le problème donc n’est pas la musique, mais le support. On ne doit pas oublier que la fonction d’une bibliothèque n’est pas de fournir des CD, mais de la musique.

On doit donc avoir à l’esprit la distinction entre le support et le contenu. Le CD est un support en voie d’extinction. De moins en moins de gens écoutent de la musique sur CD, et les ventes de CD dans le commerce sont en chute libre. La tendance c’est l’iPod, le MP3, Internet, l’ordinateur personnel… D’ailleurs, les derniers ordinateurs n’ont plus de lecteur CD.

Quelques pistes de travail

Il reste cependant quelques segments du marché où le support physique garde sa pertinence : les DVD musicaux, les musiques dites « minoritaires » ou celles qu’on trouve difficilement sur le net. On peut également favoriser un autre type de consommation, comme par exemple les laboratoires musicaux, le travail autour les partitions ou le cloud computing.

Dans ce sens, nous avons quelques expériences dans nos réseaux. La Bibliothèque Vapor Vell, par exemple, a présenté un ensemble d’activités autour de la musique, comme la création d’un profil dans Spotify avec la proposition d’une sélection musicale. Internet n’est pas l’ennemi, mais le moyen… Dans le cas de Vapor Vell, on peut aussi citer le music-lab : on peut jouer de la musique, en écouter et en emprunter.

J’aimerais citer aussi l’expérience mise en place par le gouvernement danois, qui permet aux usagers des bibliothèques l’écoute de musiques stockées dans un nuage informatique (cloud computing). Une autre possibilité est d’acheter des catalogues à des fournisseurs extérieurs, sur le modèle d’OverDrive aux Etats-Unis pour le livre électronique, ou Naxos pour la musique. La Bibliothèque de l’Université du Michigan et de la Bibliothèque Publique de Toronto, en sont des exemples, avec le choix entre le téléchargement ou l’écoute en streaming.

En Catalogne nous avons mis en place une plateforme digitale de documents numériques, avec un objectif de départ qui est le prêt de livres électroniques téléchargeables et chrono-dégradables sur un ordinateur et transférables ensuite sur l’e-Book ou la tablette personnelle. A terme, cette plateforme devrait pouvoir proposer du son et de la vidéo, domaines dans lesquels nous sommes actuellement en négociation avec les détenteurs des droits. Reste donc à définir le mode d’accès aux fichiers : téléchargement (problème de fiabilité des DRM) ou écoute en ligne ?

VI. Débat

Julián Figueres (Bibliothèque Vapor Vell, Barcelone) : Les interventions précédentes ont soulevé plusieurs questions. Ce moment de débat doit être l’occasion pour essayer d’y répondre. J’avais noté quelques points, mais vu que plusieurs questions sont restées sans réponse par manque de temps, on peut commencer par celles-ci.

Nora Nouga (BM de Grenoble) : Il faut faire bien entendu la distinction entre le support CD et la musique, mais il y a quand même des directions voire des élus qui ne font peut-être pas cette dissociation et qui en profitent pour, ou ont la tentation, de regarder les niveaux de prêt pour diminuer les budgets voire même faire disparaître le fonds sur support CD dans les bibliothèques.

Anna Broll (Consortium de Bibliothèques de Barcelone) : En ce qui concerne les bibliothèques de Barcelone chaque directeur, chaque bibliothèque décide de l’affectation de son budget, qui est identique pour toutes les bibliothèques de même taille.

Christian Massault (Médiathèque Départementale de la Loire) : J’aimerais ajouter un élément de réflexion complémentaire. Je crois qu’il est indispensable de se préoccuper de l’analyse des pratiques. Une analyse pas seulement quantitative mais aussi en relation avec les pratiques des générations, et celles des milieux sociaux et professionnels. Il faudrait avoir une approche plus sociologique des pratiques d’écoute. Par exemple, en France on a souvent considéré que la pratique d’écoute musicale sur CD était un phénomène jeune qui aurait été remplacé par une pratique d’écoute en streaming. Certains pensent donc qu’il n’y a plus de place pour le CD, mais en fait cela ne concerne que les 15-40 ans. Les plus de 40 ans, qui ont pratiqué l’écoute sur CD pendant des années, des décennies, continuent à y avoir de l’intérêt.

Josep-Lluís Villanueva (Gérance des Services de Bibliothèques de la Députation de Barcelone) : La question est : et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? C’est ce que nous nous demandons depuis quatre ans à l’AMPLI, et après avoir considéré plusieurs options, nous sommes toujours au même endroit. Admettons que le CD soit mort. Et alors, quelle alternative ? Il y a plusieurs possibilités, certaines plus intéressants que d’autres, mais quelle est la solution ?

Christian Massault : Nous avions l’habitude, dans les modèles bibliothéconomiques, de travailler sur des schémas complets et univoques. La problématique de la place de la musique et de son usage en bibliothèque nous oblige à revoir notre copie. Un exemple simple c’est que la musique est autant pratiquée qu’elle est écoutée. Le développement des pratiques musicales est un phénomène majeur dans le changement des pratiques culturelles des trente dernières années. Répondre aux besoins du public c’est répondre aux besoins documentaires sous différentes formes selon la pratique de génération ou de goût pour la technique, mais c’est aussi répondre à des besoins pour d’autres types de pratiques. C’est quelque chose qui n’est pas habituelle dans notre culture de bibliothécaires.

Nicolas Blondeau (Médiathèque de Dole, ACIM) : Il ne faudrait pas mettre en opposition les collections physiques et les accès numériques, mais plutôt essayer de créer des passerelles et une hybridation. Aujourd’hui en France le disque représente encore 75% du marché de la musique.

Julián Figueres : Opposer la musique sur support physique à la musique sur support virtuel ce serait comme opposer la voiture au vélo. Ce sont deux moyens complémentaires. La question serait donc comment travailler avec ces deux moyens. Nous nous trouvons face à plusieurs barrières. D’un côté, si nous choisissons de nous abonner à une plateforme privée type Spotify, qu’est-ce qu’on fait si un jour elle met la clé sous la porte ? D’un autre côté, si nous créons notre propre base, on va se retrouver à devoir négocier les droits d’auteur… Je voudrais profiter de votre présence ici pour demander si des pistes ont été explorées dans ce sens dans les bibliothèques de la région lyonnaise.

Christian Massault : Je pourrais donner un contre-exemple. Il s’agit d’une commune de 41000 habitants, dans la banlieue lyonnaise, dont le maire a décidé que dans la nouvelle médiathèque il n’y aurait pas de collections physiques, ni cinéma ni musique. Les bibliothécaires on demandé : « comment faire ? » Question à laquelle le maire a tout simplement répondu : « aujourd’hui tout le monde télécharge… » Par la suite, il a changé d’avis pour le cinéma parce qu’il n’y avait pas de modèle économique présentant un catalogue de films. En ce qui concerne la musique, a été choisie une solution numérique avec deux systèmes : l’un qui offre un téléchargement chrono-dégradable et l’autre qui propose du streaming. L’expérience, après un an, est une catastrophe, un échec complet. La solution streaming ne concerne que des fichiers libres de droits, qui n’intéressent qu’une petite partie du public. La demande principale porte sur l’autre formule, qui elle ne présente pas tous les catalogues et qui ajoute des problèmes techniques de téléchargement et de compatibilité de systèmes, tout ceci avec un coût (forfaitaire) égal à celui de la constitution d’un fonds physique. La conclusion c’est que une grande partie de la population n’a pas accès à des ressources musicales, en particulier les personnes qui utilisent encore des CD, et qu’un choix technique de numérisation à 100% prive une très grande partie de la population d’un service que la bibliothèque doit à tous.

Thierry Pellet (Médiathèque de Mézieu) : Il faut préciser que la bibliothèque en question s’inscrit dans un réseau qui rassemble trois bibliothèques municipales de trois communes différentes, et qu’il existe une carte unique qui permet d’emprunter dans les trois sites, dont deux qui ont de la musique sur support physique.

Christian Massault : Tu fais bien de le préciser, mais le problème c’est que la population ne se déplace pas entre les sites. Le pari était que les bibliothèques se spécialisent et que le public se déplace pour aller là où se trouve l’information sous la forme qu’il souhaite. Mais le fait est que le public ne se déplace pas ; il faut amener le service à proximité du public.

Une bibliothécaire : N’existe-t-il pas l’option de demander un prêt inter-bibliothèques ?

Christian Massault : Je leur ai fait la proposition de délocaliser une partie du fonds des autres bibliothèques, parce que le prêt entre bibliothèques ne répond qu’à une toute petite demande. On ne peut pas organiser un prêt inter-bibliothèques avec des colis pour la pratique quotidienne du public. Par contre, nous pouvons imaginer des dépôts, du prêt par collections.

Marthe Himelfarb (BM de Sabadell, province de Barcelone) : La collègue posait la question parce qu’il existe ici un système de prêt inter-bibliothèques qui est très agile, et à l’intérieur d’un réseau cela peut être tous les deux jours.

Christian Massault : En France cela existe dans les départements mais nous sommes satisfaits quand nous arrivons à faire une vacation par semaine…

Un bibliothécaire : Ma question concerne les auteurs, les musiciens. Chez nous il y a une partie des musiciens qui utilisent Internet (MySpace ou autres) comme outil de diffusion de leur musique, par exemple à travers le téléchargement gratuit, car ils cherchent surtout à se faire connaître et leurs rentrées viennent essentiellement des concerts. Probablement c’est un phénomène encore marginal. J’aimerais savoir si en France ce phénomène existe aussi.

Nicolas Blondeau : J’aimerais à mon tour demander aux collègues catalans si vous faites la promotion dans les bibliothèques des artistes de Barcelone soit en achetant leurs disques et en les présentant sur une table ou sur une étagère, soit en faisant un site de promotion des artistes locaux. A la Bibliothèque de Limoges, par exemple, il existe un site qui s’appelle L’e-music box qui propose de découvrir des artistes dans différents genres : blues, rock, classique… Une alternative plus simple est que la bibliothèque ait un MySpace et fasse la promotion des artistes émergents sur sa page.

Christian Massault : Plus généralement, cela définit une nouvelle piste très importante pour une mission fondamentale des secteurs ou des espaces musique dans les bibliothèques. Ce n’est pas simplement de diffuser la musique ou d’accompagner les pratiques musicales. C’est d’être aussi un carrefour d’information. Jusqu`à présent, les collections étaient trop importantes et l’information n’était qu’une plus-value. Aujourd’hui, les collections diminuent dans notre activité et le fait d’être une plateforme d’information devient un élément central. Notre métier se rapproche en cela de celui de documentaliste.

Nicolas Blondeau : Pour poursuivre la réflexion de Christian, depuis cette année il y a un mot à la mode, « curation ». Il vient du mot anglais curator, le directeur de musée qui a des collections énormes dans des archives et qui doit sélectionner quelques pièces pour en faire une exposition. Ainsi donc, faire de la « curation » de l’information c’est sélectionner parmi des myriades, des quantités d’information, les quelques informations qui peuvent être intéressantes pour un public cible sur une thématique cible.

Brigitte Chaboud (Médiathèque de Valence, Valence Agglo) : Ici on parle uniquement du numérique, mais nous sommes des êtres humains et pour moi l’essentiel, pour contrebalancer le numérique, les pratiques nomades, etc., c’est de proposer des choses humaines, c’est à dire par exemple tout ce qui est musique régionale, des rencontres musicales, des conférences. Au sein des médiathèques il faut plus de services pédagogiques et tout ce qui va avec. Il faut remettre de l’humain dans tout cela… J’aimerais par exemple qu’on puisse être un lieu où les gens puissent acheter de la billetterie. Pourquoi pas ?

Joan Folch Poblet (VDL Grenoble) : Proposer de la billetterie, cela se fait dans certaines bibliothèques quand elles sont le seul équipement culturel de la commune, mais cela implique des contraintes de personnel en plus de l’obligation d’une régie de recettes…

Brigitte Chaboud : On pourrait imaginer un groupe qui va à une conférence. Le bibliothécaire pourrait être la personne qui mutualise pour permettre aux gens d’aller à l’opéra, par exemple. Il y a des associations qui le font, mais est-ce que cela ne peut pas être aussi l’une de nos missions ?

Anna Broll : Ceci a été fait mais l’expérience n’a pas été très positive. Il y a une question clé. Nous sommes ici en train de partager des expériences diverses, mais je dois savoir ce dont ma bibliothèque, la communauté à laquelle je dois offrir un service, a besoin ; qu’est-ce que je peux lui proposer comme bibliothèque qu’elle ne peut pas trouver dans d’autres espaces de la ville ? Qu’est que je peux proposer de différent ? A cela s’ajoute l’obligation que nous avons en tant que service public d’offrir des services gratuits pour l’usager, des services qu’il pourrait trouver peut-être ailleurs mais à un coût que certaines personnes ne peuvent pas assumer. Ce point de vue est partagé par les professionnels, mais il faut avoir à l’esprit que les grandes institutions (les tutelles) en général tardent à apporter des réponses.

Mont Sureda (Bibliothèque Clarà, Barcelone) : Je voudrais évoquer une expérience que nous avons mis en place dans notre bibliothèque. L’opéra est le centre d’intérêt de la bibliothèque, et nous développons des activités autour de cette forme musicale, dont la présentation de la programmation du Grand Théâtre du Liceu de Barcelone. Dans ce cadre, il y a quelques mois un groupe d’usagers de la bibliothèque a été invité à assister à une représentation. Nous souhaitons que ce type de sortie devienne régulière.

J’aimerais en profiter pour poser une question à propos de la formation des professionnels et des bénévoles, très nombreux en France d’après ce que j’ai entendu ce matin. Dans notre bibliothèque, nous comptons avec le soutien d’un bénévole expert en opéra qui nous aide dans la sélection et les acquisitions.

Joan Folch Poblet : Au sujet du bénévolat, pour éviter tout malentendu il faut préciser que, certes, en France beaucoup de structures fonctionnent avec des bénévoles, mais ce sont essentiellement de petites voire de très petites bibliothèques. Il n’y a aucune loi qui oblige une commune à avoir une bibliothèque tenue par des professionnels. Par ailleurs, on peut distinguer entre deux figures du bénévolat. L’une est celle que je viens d’évoquer. L’autre serait celle du bénévole qui vient apporter, dans une équipe, des compétences, des connaissances complémentaires, en animant des cours d’informatique ou d’Internet pour les usagers, par exemple ; ce sont dans ce cas ce qu’on peut appeler des personnes ressources.

Mont Sureda : Si j’ai évoqué ce exemple de bénévolat dans notre bibliothèque c’est surtout parce que parfois certains collègues ont du mal à mettre en place d’avantage d’activités autour de la musique à cause d’un manque de formation. Ce sont des circonstances dans lesquelles on apprécie d’avoir un soutien spécialisé.

Nicolas Blondeau : On est plusieurs à penser que la bibliothèque, la médiathèque, doit être identifiée comme un partenaire, comme un acteur de la vie musicale, dans la chaîne de l’inter-profession musicale, avec les médias, les salles de concert, les conservatoires. En exemple je voudrais citer le quiz organisé par la bibliothèque de Caen en partenariat avec Le Cargo, salle de musiques actuelles, le but du jeu étant de retrouver, en partant d’un détail des pochettes des disques, tous les artistes qui ont été programmés dans la salle. On s’inscrit au concours et on envoie les réponses en ligne. Parmi les prix il y a des cartes d’adhérent au Cargo ou des forfaits permettant d’emprunter gratuitement des documents audiovisuels dans le réseau des bibliothèques de Caen.

Thierry Pellet : J’aimerais poser deux questions, aux collègues catalans. La première est s’il y a des partenariats avec les conservatoires, et la deuxième, si vous avez une politique d’animation spécifique pour la musique et les moyens de la réaliser.

Anna Broll : En ce qui concerne les activités musicales, on peut citer les apéritifs musicaux, qui consistent en activités musicales pour un public familial qui ont lieu le samedi à midi dans les bibliothèques de Barcelone. Par ailleurs, les bibliothèques spécialisées dans la musique (opéra, musiques urbaines, jazz/blues, flamenco…), elles mettent l’accent dans leur programmation culturelle sur des activités qui se rapportent à leur spécialité.

Jaume Vilarrubí (BM de Gavà, province de Barcelone) : Je peux donner un autre exemple. Pendant plusieurs années j’ai travaillé en collaboration avec une école municipale de musique, et l’une des activités développées a été, dans le cadre de l’heure du conte, de mettre en musique un conte avec la participation des élèves de l’école de musique.

Nora Nouga : On nous parle beaucoup des bibliothèques ou médiathèques comme troisième lieu, d’ailleurs cela a été un sujet de concours. On cite souvent une bibliothèque dans un pays de l’Europe du nord où il y a un studio d’enregistrement et une radio, où la moyenne d’âge des professionnels est de 30 ans ou moins. J’aimerais savoir si ceci est aussi une piste de travail ou de réalisation ici. Par ailleurs, j’aimerais insister sur le fait qu’il faut qu’il y ait un projet de service, une feuille de route dans nos équipements, parce que la réalité c’est pas toujours ça ; l’articulation entre bibliothécaires et discothécaires ne se fait pas d’une manière tout à fait naturelle. On peut avoir toute la volonté, mais il faut aussi qu’il y ait un projet de service qui soit soutenu par une direction, des élus locaux…, il faut que ce soit une dynamique, sinon on peut parler pendant cent ans… C’est un sentiment.

Anna Broll : Je suppose que tu fais référence à la 10 Library d’Helsinky. En fait, là-bas n’y travaillent pas que des bibliothécaires professionnels. Chez nous on a l’habitude de croire que l’on doit tout savoir, tout connaître : la musique, la littérature pour la jeunesse, la numérisation, le patrimoine, enfin, des milliers de choses… On devrait commencer à penser que nous devrions peut-être intégrer d’autres professionnels dans nos équipes. Au sein de la 10 Library on y trouve des musiciens, des techniciens du son, des spécialistes en radiodiffusion… et pas seulement des bibliothécaires.

SYNTHÈSE, par Josep-Lluís Villanueva et Julián Figueres

Après cet échange, il est évident que la collection de CD ne suffit plus. Plusieurs pistes on été évoquées autour de ce qui peut être proposé dans nos équipements. La musique doit être considérée comme un fait intégral et pas seulement comme le prêt d’un support. On peut retenir par exemple l’idée d’hybridation ou l’extension à un autre type d’information en plus de la musique elle même, qu’il s’agisse de l’information de référence à la vie musicale ou de l’information pédagogique.

C’est à nous d’inventer notre rôle en tant que bibliothécaires musicaux. A l’AMPLI nous pensons qu’il est intéressant de proposer un produit musical, culturel, cohérent qui intègre tous ces aspects : support physique, support numérique, la valeur critique que peut apporter un professionnel, toute la cohérence sociale, historique, artistique qui entoure la musique, élément culturel faisant partie d’une société. Et ceci peut être fait par un spécialiste en documentation.

Finalement, ce versant documentaire autour de la musique fait partie des missions propres aux bibliothécaires. Par ailleurs, quand on parle de transformation du métier de bibliothécaire, on ne se réfère pas seulement à la musique. Cette transformation concerne tous les secteurs de la bibliothèque.

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