Musiques en bibliothèque : quels média, quels futurs ?

Musiques en bibliothèque : quels média, quels futurs ?

Journée d’étude VDL/MEDIAT Rhône-Alpes, lundi 29 novembre 2004
Rillieux-la-Pape (69)

Programme

–         Le marché de l’édition musicale :état des lieux

–         Politiques documentaires : une nécessité

L’ouverture de la journée incombait à Gilles Lacroix, conseiller pour le livre à la lecture, DRAC Rhône-Alpes.

Patrick Bazin, directeur du réseau de Lecture Publique lyonnais était le « témoin » de ces rencontres.

Christian Massault, directeur de la médiathèque de Rive de Gier, Président de VDL, modérateur

Christophe Paym, CNFPT, a confirmé le partenariat entre le CNFPT et VDL.

Il annonce également le renouvellement de l’offre de formation pour les « non-livres », et insiste sur la nécessité de faire remonter au CNFPT les remarques et souhaits relatifs à ces formations.


Introduction

Gilles Lacroix

Rappel de la politique du Ministère de la Culture dans l’aide au développement des bibliothèques et pour la constitution de fonds « non-livres » (négociations de droits audiovisuels, aides spécifiques pour la constitution des collections…)

Rappelle la sensibilité particulière des secteurs discothèque/vidéothèques vis à vis des mutations et de la dématérialisation des supports, des avancées NTIC, des problèmes de droits, etc.

Insiste sur la nécessité de politiques documentaires, et le développement de la veille documentaire en musique.

Présente quelques chiffres issus des statistiques 2002 de la Direction du Livre (à noter, la présence accrue des discothèques (50%) et des vidéothèques (30%) dans ces statistiques), et de l’enquête de Livre Hebdo Les villes où il fait bon lire (N° 560, juin 2004, pp. 73-94).

3-4 usages de non-livres / habitant dans les 20 meilleures bibliothèques de France[1].

Les non-livres représentent en moyenne 10% des collections, 12% avec la vidéo, pour 36% des prêts (phonogrammes + vidéo).

Le nombre moyen d’acquisitions est de 16 livres/100 hab., pour 2,6 phonogrammes ; les non-livres représentent 20% des prêts

La rotation annuelle est de 1,5 pour les imprimés, 4 pour les phonogrammes, 7 pour les vidéos.

Il importe donc de s’inquiéter du vieillissement rapide des supports non-livres, qui doit se répercuter dans les acquisitions.


Le marché de l’édition musicale :état des lieux

Gilles Tordjman (Vibrations)

2 représentants de Jungle Production

2 représentants de Pages et Images

1 représentant de Alternative Distribution

Certains acteurs semblent avoir des difficultés de mobilisation, ainsi malgré de nombreux contacts aucun représentant de majors ou de distributeur type FNAC…

Pour mémoire, les éditeurs indépendants représentent 65% des références et 3% du chiffre d’affaire du marché phonogrammes.

Gilles Tordjman

Un panorama de l’édition musicale en France montre un tableau moins catastrophique qu’annoncé.

Selon l’Observatoire de la Musique (Cité de la Musique), les ventes ont chuté de 10,7% en volume et 12,2% en valeur (-20% en volume pour les musiques du monde qui accusent une forte perte, -17,3% en volume pour les variétés internationales). Le DVD musical représente 4,7% des ventes.

Musique Info Hebdo annonce que l’offre de téléchargement légal représente 0,1% du marché (n° 323, novembre 2004) : un nouveau modèle ?

L’ensemble du marché accuse une baisse de 8,8% en volume et 9,9% en valeur.

La communication par l’inquiétude et la culpabilisation pratiquée par le majors ne reflète pas la situation réelle : le téléchargement est en fait assez peu répandu, l’équipement des ménages en informatique est encore faible.

La baisse des ventes est l’aboutissement d’une logique marchande. Les majors ont voulu vendre de nouveaux supports sans tenir compte des implications sociales et esthétiques, sans penser aux habitus en préparation. Le format MP3, par exemple, offre un signal « raboté », avec une perte sensible des harmoniques, qui ne se prête pas à l’écoute attentive.

La légende du support inaltérable colportée lors de l’apparition de CD est également en cause : une large part du public a alors procédé à une forme d’achat patrimonial. Cf. marché du classique qui a explosé à ses débuts, quand chacun a refait sa discothèque, puis s’est écroulé.

Alternative Distribution

(Distribution d’artiste indépendants, autoproduits ou édités par des labels.)

Constate que le développement du home studio s’accompagne d’une perte de qualité technique de la production indépendante. Il devient problématique de trouver des artistes.

L’absence de budget promotionnel exclu la mise en vente dans un réseau traditionnel : le produit est invisible dans la masse.

La visibilité est d’ailleurs un problème majeur pour une petite entreprise : médiathèques en marché avec souvent un fournisseur unique, sites web offrant plusieurs milliers de références…

Alternative a choisi de travailler par contact direct, proposant écoute et conseil, à la manière d’un office.

Jungle Production

(Même démarche…et même difficultés).

Distribue également PIAS, Wagram, Naïve.

Le système des marchés publics est effrayant pour les indépendants. La création d’un pôle d’information s’adressant tant aux médiathèques qu’aux fournisseurs, serait bienvenue.

Jungle Prod travaille à la mise en place d’un site web offrant des présélections au format WMA (un format Microsoft © protégé, à la différence du MP3), en partenariat avec la SPPF et la SACEM.

Il semble que le P2P soit un mode de consommation qui s’est imposé aux ados, une forme d’accès gratuite et peu contraignante pour laquelle la notion d’illégalité n’apparaissait pas au départ.

Il faut que les indépendants prennent dès à présent une place sur ce créneau, avant que les majors l’aient investi. Jungle Prod prévoit un développement exponentiel de 5 à 10% dans les 5 ans…

Il existe déjà des formats de compression de qualité égale à celle du CD pour une taille réduite de moitié, mais non commercialisés, faute d’accord entre les acteurs du marché.

Avec le développement du haut débit, UMTS en particulier, les baladeurs type i-pod seront rapidement obsolètes. On peut en effet penser que si le téléchargement devient une pratique généralisée, tout se fera à partir du téléphone portable, l’évolution des formats permettant le téléchargement à des standards de plus en plus qualitatifs (5.1, mais également image).

Les médiathèques sont un relais culturel assurant une pluralité.

Les coûts de fabrication en baisse permettent maintenant aux indépendants de proposer leurs CD en digibook et digipack ; offrir un objet à valeur ajoutée est un moyen de pallier à la tentation du téléchargement sauvage.

3 labels se sont associés en GIE pour la création d’un label No copy (Vicious Circle,) Une information est assurée, afin de faire comprendre que la survie des indépendants est liée à des seuils de vente (2/3000 ventes sont nécessaires pour qu’un album ne soit pas déficitaire).

Christian Massault annonce la parution d’un vade-mecum des marchés publics, et rappel les seuils obligeant à marché, publicité au BOMP, la recommandation des 3 devis concurrentiels et de la publicité systématique.

Pages et Images

Travaille au développement d’un mode de diffusion « efficace et peu coûteux » via Internet pour 2005.

Souligne l’importance de la communication auprès des médiathèques et des artistes.

Discussion avec la salle

BM Caluire

  1. Les indépendants ne sont qu’une partie de notre problématique. Nos fournisseurs peuvent nous fournir des titres à leurs catalogues.

Jungle Production

  1. Souvent les fournisseurs exigent une dizaine de CD à titre gracieux pour faire apparaître une référence à leur catalogue, et parfois se désistent à partir du 11ème !..

Ch. Massault

Il y a toujours la possibilité d’allotir les marchés, ce qui évite la phase de commande au fournisseur + refus + contact direct avec le label. Le hors marché existe toujours, en deçà de 10000€ et sans dépasser 1% du marché.

Lors de l’établissement du marché, nécessité d’établir un cahier des charges, d’avoir une réflexion sur la diversité des besoins.

Jungle Production

Le développement de la plus-value sur l’offre est importante pour les indépendants : connaissance du catalogue, disponibilité, etc.

Les médiathèques ont un réel pouvoir économique sur des petites structures. Il est nécessaire d’échanger. Par exemple les distributeurs indépendants entendent régulièrement parler de récupération de notices, de format UNIMARC, mais ne savent pas ce que c’est…

Il faut gérer la croissance des petites structures, car un développement mal maîtrisé risque de conduire à la disparition totale du catalogue (cf. Boucherie Prod., Tripsichord, etc.). Harmonia Mundi, mis en danger par un développement trop rapide a recruté un « nettoyeur » pour assainir son catalogue et recentrer ses activités.

BM Rillieux

  1. Ne courons-nous pas le risque de l’élaboration d’une législation comparable à celle qui régit les droits vidéos ?

Alternative Dist.

  1. Quel intérêt ?

Pour les indépendants, l’important est la visibilité de l’artiste. Quant aux majors, elles veulent avant tout régler le problème de l’Internet et de la dématérialisation.

Jungle Production

Une refonte de la législation reste possible. En Grande Bretagne, par exemple, interdiction de mettre en bac des phonogrammes de moins de 6 mois, l’accent est mis sur l’aspect patrimonial des fonds.

Christian Massault

  1. La concentration des majors ne risque t-elle pas de provoquer la disparition du back catalogue ?

Alternative Dist.

  1. La dématérialisation peut être une solution à ce problème.

Il y a toujours la possibilité de racheter les titres tombés dans le domaine public (+ de 50 ans), pour les numériser et les distribuer (cf. Frémeaux, qui compile des titres issus de 78 T, 25 cm…)

2005 sera l’année du cinquantenaire du 33 T, aussi courons nous le risque d’une forte demande (et offre) de fac-similé des albums originaux.

BM Nyons

Trop souvent lors de la création d’un fonds, ou de la reprise d’un genre, on est confrontés à un nombre élevé de références épuisées.

Caluire

  1. Les médiathèques ont une mission de découverte qui peut déclencher un acte d’achat chez l’usager. De plus, le faible taux de rotation induit un petite quantité d’éventuels gravages.

Jungle Production

  1. Le public des médiathèque est un public cultivé, qui va au spectacle. Ce n’est pas le public qui télécharge. (??)

Gilles Tordjman

Pour les références inaccessibles (épuisées ou très chères), on peut comprendre que l’usager pratique la copie.

Conclusion

Gilles Tordjman

En cette période de mutation des supports, on peut s’interroger sur le devenir même du métier de discothécaire.

Peut être une évolution plus axée sur le conseil, le discothécaire comme un filtre d’une offre pléthorique ?


Politiques documentaires : une nécessité

Michel Sineux

Marc Boilloux (BPI, espace de consultation des phonogrammes)

Geneviève Anstette (ENM Villeurbanne, Centre de ressources documentaires. AIBM)

Nicolas Blondeau et Pascal Wagner, pressentis pour traiter le volet politique documentaire (cf. leurs travaux et réflexions sur discothécaires.fr) étaient excusés.

Quels outils pour quelle politique ?

Christian Massault

Point sur l’ACIM et Ecouter Voir (cf. compte rendu des rencontres nationales des discothécaires et bibliothécaires musicaux 2004).

Prochain rendez-vous les 16-19 juin 2005 lors des prochaines rencontres nationales. Ces rencontres se tiendront à la Médiathèque Kateb Yacine de Grenoble (inauguration janvier 2005), en même temps que le congrès de l’ABF dont le thème sera le droit[2]. Un atelier sur la problématique des politiques documentaires sera proposé.

Michel Sineux

Qu’est-ce qu’une politique documentaire ?

Doit-on avoir une politique documentaire ?

Deux attitudes extrêmes :

–         Mission patrimoniale et encyclopédique, représentative de l’histoire.

–         Strict suivi de la demande du public, conditionnée par l’offre dominante du marché.

Cette problématique est encore plus sensible pour les DVD musicaux (offre balbutiante, obstacles juridiques…), et est renforcée par la multiplicité des profils des publics.

Dans les villes importantes, la bibliothèque centrale peut constituer une collection patrimoniale, et les annexes avoir une politique plus adaptée aux publics spécifiques.

Marc Boilloux (BPI)

2000 documents sonores parlés (K7 et CD) et 12000 documents sonores musicaux.

Depuis juin 2004, mise en place d’un nouveau système de consultation des documents sonores et audiovisuels[3].

Auparavant, le public disposait d’une 20aine de postes d’écoute pour les vinyls ; la réinformatisation de 2000 à permis de proposer la consultation de CD et docs A/V sur postes informatiques.

L’usage intensif des supports, en particulier pour le rock et les musiques d’Afrique du Nord, conduisait à une dégradation très rapide des documents.

En 2004, création d’un espace dédié : 60 postes informatiques musique, 40 postes A/V, pour une fréquentation journalière de 600 à 800 personnes.

Pour pallier aux problèmes de dégradation (manipulations…) des genres les plus consultés, la BPI a opté pour la dématérialisation des supports (les autres restent consultables sur des lecteurs traditionnels.

Il n’y a plus d’accès direct au support, mais à des signets. Un robot opère le chargement du document demandé et l’usager dispose d’un télécommande pour naviguer d’une plage à l’autre. Ainsi pas de déclassement possible, les documents sont toujours disponibles (sauf si déjà en consultation, la copie sur support n’étant pas autorisée l’accès est monoposte).

Ce mode de fonctionnement offre plus de confort à l’utilisateur, et permet au personnel de dégager plus de temps pour le service public (renseignement…)

L’espace consultation ne propose pas de site de téléchargement : offrir l’accès à des « robinets à musique » sans possibilité de sélection présente peu d’intérêt.

Le public a accès à la Classical Music Library, une base de données de 35000 pièces classiques intégrales (avec une ouverture sur les musiques du monde) éditées sur 32 labels (coût= 1000€ / an, 3 écoutes simultanées possibles). Cette BDD permet de visualiser des infos sur l’œuvre en écoute (bio du compositeur, détail du livret, etc.)

Cependant cette offre souffre du problème général des ressources Internet, le manque de visibilité ; de fait cet outil n’est pas encore appréhendé par le public.

De même, les supports vidéo nécessitant de trop nombreuses copies liées à l’usure, l’obsolescence du support (Umatic…), passage d’une consultation manuelle à une consultation automatisée.

Possibilité de consulter sur un même poste vidéos et ressources électroniques. Cette pratique génère en fait une baisse de consultation des ressources électroniques au profit de la vidéo.

La collection est constituée de films documentaires et d’un petit fonds de films d’animation. L’acquisition de fictions adaptées d’œuvres littéraires est envisagée.

Les films sont numérisés sur un serveur, ou gravés sur DVD, selon le contrat lié aux droits.

La qualité d’image est bonne et la dégradation nulle.

En outre, cela permet une proximité des contenus, quelque soit le support : confort d’utilisation.

La disparition des supports et la consultation virtuelle permettent de redonner de la place aux secteurs un peu délaissés : la demande de classique est en hausse sensible.

Geneviève Anstette (ENM, Villeurbanne. AIBM)

5000 partitions, 10000 vinyls

Fonds de partitions, revues, livres, en constitution (cf. CNSM : 40000 partitions, 150 abonnements à des périodiques…).

L’ENM partage la base Opsys de la MLIS.

Une ouverture à un public élargi (pour l’instant uniquement possibilité de consultation sur place des partitions par les adhérents du réseau de Lecture Publique villeurbannais), point sur lequel l’AIBM milite activement, est envisagée.

L’AIBM mène également une réflexion sur le développement d’une base commune permettant un accès à tous les docs liés, par exemple, à un compositeur, doté d’un système d’interrogation simplifié.


[1] Villeurbanne occupe la 57ème place / 126 du classement : 75ème pour le nombre de m² / 1000 hab., 103ème pour le nombre de places assises / hab., 25ème pour le nombre de prêts / hab., 11ème pour le nombre d’usages audio / hab., 57ème pour le montant des dépenses / hab., 71ème pour le nombre d’inscrits / 1000 hab.

[2] Lors du congrès Laurent Guillot, musicologue et webmestre de la Société Française de Musicologie, interviendra sur le thème nouveaux supports, nouveau services.

Egalement une présentation du projet de fusion des bibliothèques de la Cité de la Musique et de leur nouveau moteur de recherche.

[3] Pour mémoire la BPI ne prête pas de documents, son fonds est uniquement consultable sur place.

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