Rencontres du 3ème lieu (2010)

13/12/2010,  Bourgoin-Jallieu

VDL se propose cette année de traiter de la « médiathèque 3ème lieu ».
Nous aborderons cette thématique en nous attachant particulièrement à l’image et au son en bibliothèque.
Nous sommes cependant bien conscients que le concept même de 3ème lieu et les perspectives d’évolution du métier induisent la nécessité d’une large ouverture de la réflexion.
C’est pourquoi nous pourrons, en deuxième partie de journée, écouter et débattre à partir des points de vue d’invités qui se situent en marge de la sphère du petit monde des médiathèques.

L’expression est désormais consacrée.
Mais que signifie-t-elle ? Quelles propositions recèle-t-elle ?
Comment les médiathèques peuvent-elles se saisir du concept ? Est-il soluble dans la bibliothéconomie ?

Le troisième lieu, notion forgée au début des années 1980 par Ray Oldenburg, (…) se distingue du premier lieu, sphère du foyer, et du deuxième lieu, domaine du travail. Il s’entend comme volet complémentaire, dédié à la vie sociale de la communauté, et se rapporte à des espaces où les individus peuvent se rencontrer, se réunir et échanger de façon informelle.

(…) Le sociologue passe en revue nombre de troisièmes lieux (anciennes piazzas italiennes, biergarten allemands, pubs anglais, parcs, etc.) et identifie le café à son expression la plus aboutie. L’approche d’Oldenburg s’apparente à la démarche de l’École de Chicago, courant sociologique qui appréhende la ville comme un laboratoire social et explore les rapports entre agencements de l’espace et phénomènes sociaux, entre ville et société.

(Les bibliothèques troisième lieu / Mathilde Servet, in bbf 2010 – Paris, t. 55, n° 4)

Programme

8h30 – 9h : Accueil des participants
9h15 : Ouverture de la journée
9h30 – 10h30 : Introduction :
Faire fonctionner les œuvres / Gilles Rettel
10h30 – 12h30 : Table ronde 1 –
Vers un 3ème lieu, expériences et projets en cours / Anne Theureau (réseau de Lecture Publique Grenoblois), Xavier Galaup (Calice 68), Guillaume Morand (médiathèque de Chambéry), Thierry Bokhobza (Rive de Gier) – Modération Simon Cane (BM Part Dieu)

13h – 14h : Déjeuner

14h – 14h30 : Une plate-forme en ligne pour les ressources musicales locales : présentation du partenariat entre la bibliothèque de la Part-Dieu, CD1D et la FEPRA
14h30 – 16h30 : Table ronde 2 –
Entomologie des bibliothèques, regards croisés / Jean-Pierre Esquenazi (sociologue), Pierre Franqueville (abcd, agence d’ingénierie culturelle), Olivier Gratacap (sociologue) – Modération Christian Massault (MDL)
16h30 : Conclusion

 

 

COMPTE RENDU

Après le live tweet, voici le compte-rendu complet de la 14ème journée d’étude VDL.

Mise en bouche musicale par Lionel Stocard qui nous présente la Dream Machine.

La Dream machine / Lionel Stocard

INTRODUCTION

Faire fonctionner les œuvres

Gilles Rettel (Directeur de MSAI – Multimédia, Son, Audiovisuel et Informatique)

VERS UN TROISIEME LIEU, EXPERIENCES ET PROJETS EN COURS

Xavier Galaup (Directeur-adjoint de la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin)
Anne Theureau (Bibliothécaire musicale, Bibliothèque Centre Ville, Grenoble)
Guillaume Morand (Bibliothécaire musical, Médiathèque Jean-Jacques Rousseau, Chambéry)
Thierry Bokhobza (Directeur de la Médiathèque Louis Aragon, Rive de Gier)
Modération Simon Cane (BM Part-Dieu)

Brève introduction de Simon qui expose les tentatives pour faire évoluer la discothèque Part-Dieu vers un 3e lieu. Plutôt qu’une usine à prêt, on a développé la consultation sur place, et permis à l’usager de rester : installation dans la coursive de canapés et de postes d’écoute.
La bibliothèque étant devenue un « 1er lieu » pour un public SDF, on ne travaillait pas sur le contenu intellectuel mais plutôt sur une chasse à l’alcool. Puis elle est devenue un « 2e lieu », pour un public logé en foyer ou à l’hôtel, sans travail, ainsi qu’un lieu d’accueil pour les étrangers. Un lieu documentaire donc : accès au document pour les non francophones et lien avec ce qu’on a laissé dans son pays (notamment la musique).

A quand le 3e lieu ?

L’expérience Automazic à Chambéry : Guillaume Morand

Rappel :
Pragmazic est la société qui a conçu la borne.
Dogmazic est le site plate-forme
Automazic est le point d’accès physique, la borne.

Pourquoi Automazic :

  • Inquiétude face à la disparition du public : chute des taux de rotation, fuite d’une partie du public. Choix d’acheter une borne. L’idée de numériser le fonds a été écartée pour des questions de légalité, décision de conserver une offre physique sur place, pour faire venir les gens.
  • Catalogue complémentaire des collections.
  • Avec les licences libres ouvertes, véritable évolution du droit d’auteur : libre circulation des œuvres de l’esprit encouragée.
Automazic à la médiathèque Jean-Jacques Rousseau de Chambéry

Installée en mars 2009, 7800 € à l’achat, 1100 € de maintenance annuelle (mises à jour quotidienne, réactivité importante, télémaintenance efficace jusqu’à présent).
27 bornes en France. Le travail s’est fait en collaboration avec le service informatique, mais conflits autour de la sécurisation.

La borne fonctionne avec la classification PCDM4, recherche par genre, sous-genre et origine géographique. Elle contient 45000 titres, écoutables et téléchargeables gratuitement (23000 cd à Chambéry).
Inconvénient : perte de contrôle du fonds par le discothécaire, qui ne connaît pas s’il ne catalogue pas. Il a donc paru nécessaire de reprendre la main sur le contenu par un travail de veille, de notation qui prend beaucoup de temps.

La borne se met en valeur elle-même par son design. Son utilisation est libre. Beaucoup de lecteurs la découvrent par hasard, au gré d’une déambulation. Lorsque la fréquentation de la bibliothèque a augmenté entre octobre et février, la consultation de la borne a augmenté aussi.

Possible mise en valeur de la scène locale, mais la personnalisation de la borne a ses limites.
Il est par exemple possible de ne présenter temporairement qu’une partie du catalogue (et de masquer le reste) pour une opération liée à une manifestation locale.

Nécessaire travail de formation sur les licences libres et le droit d’auteur à effectuer auprès des usagers (« Pourquoi je ne trouve pas Madonna dans la borne ?»).

Il reste des progrès à faire :

  • de la part de la BM, sur la communication.
  • De la part de Pragmazic sur la personnalisation de la borne en fonction des besoins et des choix des bibliothécaires. Interface à améliorer.

Pour autant on ne va pas faire retrouver la fréquentation perdue avec cette seule borne.

Intervention de Maurice Balmet, médiathèque Oullins :
Pour l’ouverture de la Mémo à Oullins le 19 octobre dernier, les élus ont fait le choix d’Automazic et de Bibliomedia au détriment du support cd.
Mais si les ados ne peuvent pas écouter Michael Jackson ni Lady gaga, ils ne voient pas l’intérêt d’écouter de la musique à la BM.
L’usage de Bibliomedia est complexe et demande beaucoup de travail, il faut rentrer un identifiant, il faut un mail, la médiathèque crée un mail aux usagers qui n’en ont pas.
Il faut télécharger sur Bibliomedia, puis sur Chronomedia, puis synchroniser avec son MP3. Pas de compatibilité avec Iphone, Ipad, etc…

Réflexion collective sur l’évolution de l’accueil dans les bibliothèques municipales de Grenoble : Anne Theureau

Ce qui s’est passé à Grenoble est le résultat d’un chantier, d’une réflexion qui a pris 2 ans.

Présentation du Réseau de Grenoble : 39000 inscrits, 1 200 000 prêts, 1 million de séjourneurs, 14 Bibliothèques dont 2 grandes médiathèques, 214 agents.

Différentes questions s’étaient posées sur l’amélioration du fonctionnement des bibliothèques.
En 2006 a été créée la commission « services au public », avec la volonté d’améliorer l’accueil et d’harmoniser les pratiques.

Le travail a commencé par la rédaction de la charte Marianne d’engagement sur la qualité des services. Les agents ont reçu un questionnaire, ils pouvaient répondre anonymement ou pas (50 réponses sur 120 agents destinataires).

Synthèse : il a été fait appel à une consultante-formatrice, qui a fait une restitution devant tout le personnel.

Conclusion : Des idées ont émergé, notamment : prendre en compte la situation personnelle, sociale des usagers, favoriser l’inscription impulsive, effectuer une visite au moment de l’inscription, faciliter les réabonnements…

Création de quatre groupes de travail :

  1. Accueil et inscription
  2. Circulation des documents
  3. Aide et conseil
  4. Climat

Les groupes de travail mélangeaient les catégories A, B, C, différentes bibliothèques étaient représentées, les groupes se sont réunis 4 fois et ont fait des propositions.

Synthèse du groupe« Climat », dont a fait partie Anne Theureau :
La bibliothèque doit donner envie de rentrer, rester, revenir. Axiome duquel découlent des pistes pour :

  1. Améliorer le bâtiment ( les abords, la visibilité, la propreté, le confort : sièges, chauffage, éclairage).
  2. Améliorer les espaces : places assises, espaces de convivialité pour manger, boire, écouter de la musique, vente sur place (Bourse aux livres permanente dans un espace dédié).
  3. Améliorer la cohabitation des publics : espaces non dédiés, tempérer les mécontents, intégrer les « trublions ».
  4. Améliorer le comportement des bibliothécaires : « savoir être » difficile à définir. Tact et respect : être courtois, poli, bienveillant. Le bénéfice du doute est toujours au profit de l’usager. Le téléphone portable est toléré.
  5. Mieux vaut perdre un livre qu’un usager. Désacraliser le document, courir le risque qu’il soit abîmé.

Suite à la restitution du travail des 4 groupes, 3 types d’actions ont été mises en place :

  • des mesures immédiates au quotidien
  • des chantiers prévus sur 2011-2012
  • la reprise de 3 groupes de travail pour imaginer des solutions concrètes bibliothèque par bibliothèque.

Et maintenant ?
L’imagination au pouvoir : cafés musicaux, échanges de coups de cœur musicaux entre bibliothécaires et usagers, pochettes surprises, discobulle (mêler BD et musique sous forme d’un atelier), fouillothèque (corbeille dans le coin enfants à l’attention des adultes, qui restent ainsi à proximité de leurs enfants), fanfare dans les rayons de la BibliothèqueKateb Yacine, concerts-rencontres, Nuit à la bibliothèque…

Petit bémol :

  • quel public pour le 3e lieu ?
  • nécessité d’une équipe bien armée et de cohésion.
  • profonde modification de la nature de notre profession, qui migre du culturel vers le social.
  • nécessité de travailler avec des partenaires sociaux de proximité, et d’innover avec les moyens du bord.

Tout n’est pas applicable partout mais des idées simples sont réalisables. Il faudra du temps pour que notre désir de faire de nos bibliothèques des 3e lieux se réalise, et ce n’est pas nous qui en déciderons.

Vers une médiathèque hybride : Thierry Bokhobza

14 000 habitants à Rive de Gier. La Médiathèque a été détruite par une inondation fin 2008.
Le choix a été fait de reconstruire au même endroit, en rendant le bâtiment étanche.
Agrandissement de l’équipement (1000 m2 en tout).
L’architecte a travaillé avec l’équipe en place. Coût : 2,250 millions d’euros, 450 000 € de constitution de fonds. Investissement informatique 65 000 €.
La ville finance le projet à hauteur de 55 %, l’Etat pour 28 % via la Drac, ainsi que la Région.
Objectif de reconstituer le fonds à hauteur de 60% des 40000 documents détruits pour l’ouverture en septembre 2011, à hauteur de 100% en 2014.

Présentation du plan :

  • Lieu multimédia avec salle de formation
  • Lieu d’animation avec une entrée indépendante et qui peut fonctionner en totale autonomie quand le reste de la bibliothèque est fermée.
  • Lieu d’accueil avec chauffeuses en vitrine.

Pour ce qui est des collections, offre numérique importante :
8 à 10 liseuses, avec des offres différentes car les catalogues sont différents. Très bien pour les gros caractères (évitent d’avoir X volumes).
Numilog, prêt chronodégradable, mais le choix n’est pas encore arrêté.
Image : réticence côté VOD en raison de l’offre actuelle. A venir : l’offre de la BPI en matière de films documentaires. A réfléchir: le portail personnalisable de CVS.
Son : intérêt pour le portail CVS, système de jetons, offre modulable, paiement à l’acte, respect des droits d’auteur.
Accès site Dogmazic, mais pas borne Automazic car trop chère.
Création d’un blog par des ados, l’équipe conseille et apporte une aide technique.
Site portail via Aloès (Opsys)
Présence sur Twitter et Facebook.

Inventer la bibliothèque comme 3e lieu : Xavier Galaup

Réflexion globale sur le concept.
Premier lieu : la maison.
Deuxième lieu : le travail.
Troisième lieu : lieu de vie communautaire informelle, pour que les gens puissent s’épanouir en dehors des deux premiers ; doit favoriser le plaisir d’être ensemble, l’échange tout en gardant l’indépendance de chacun, et mettre en confiance les usagers non initiés aux codes des bibliothèques.

Les usagers doivent être plus acteurs que consommateurs. Les gens de tous âges, de tous milieux et de toutes cultures doivent pouvoir se rencontrer. La bibliothèque est un espace partagé, les gens ne viennent plus seulement pour le support.
Il faut une plus-valu, surprendre l’usager (cf. fanfare dans les rayons). La bibliothèque devient un lieu d’expérience.
L’appropriation de la culture se fait par de l’intersubjectivité : appropriation avec quelqu’un.

Il nous faut rendre visible l’actualité musicale locale, démultiplier l’accès aux collections, casser les classifications, reformuler la présentation, avec des regroupements ponctuels sur des thèmes, des présentations de face.
Il nous faut multiplier les possibilités de curiosité, d’appropriation, susciter des réactions (post-it sur lesquels l’usager écrit quelque chose, une remarque, un coup de cœur, jeux, quiz musicaux, écoute de vinyles, échange des savoirs entre deux usagers, qui deviennent acteurs, co-créateurs, jeux vidéos musicaux…).
L’usager doit pouvoir venir apprendre et enseigner la musique, jouer de la musique, écouter et partager autour de la musique…

Scénario possible (rêvé) dans un 3e lieu :

  • En écoutant la radio de la bibliothèque, un usager découvre un groupe.
  • Il télécharge les fichiers concernant ce groupe sur le site de la bibliothèque.
  • Avec des amis à lui, il fait un remix d’un des morceaux avec les outils MAO de la bibliothèque.
  • Il laisse le fichier remixé à la bibliothèque.
  • Les bibliothécaires écoutent et aiment.
  • Ils proposent un petit concert à l’usager et l’enregistrent.
  • La bibliothèque grave un vinyle et propose le fichier en streaming.
  • D’autres usagers aiment et découvrent ainsi le groupe initial…

Lieu d’effervescence autour de la musique, la bibliothèque doit devenir un des carrefours de la vie musicale.

C’est d’ailleurs le thème des Rencontres nationales des bibliothécaires musicaux des 28 et 29 mars 2011 à Auxerre.

http://www.slideshare.net/xgalaup

UNE PLATE-FORME EN LIGNE POUR LES RESSOURCES MUSICALES LOCALES

Partenariat entre le Bibliothèque de la Part-Dieu, Cd1d (Fédération de labels indépendants) et Le Fil (SMAC de Saint-Etienne).

Présenté par Fabien Bossart (chargé de mission « Projets interactifs » CD1D et Jean-Brice Lacombe, FEPPRA)

Le projet qui associe la BM de Lyon et la FEPPRA (Fédération des Editeurs et Producteurs Phonographiques Rhône-Alpes) est la conclusion d’échanges de plusieurs mois entre la BM de Lyon et CD1D, fédération de 200 labels indépendants, dans l’optique de travailler ensemble.
Ces échanges se sont concrétisés par l’implication du département musique de la BM de Lyon à la réponse d’un appel d’offre du Ministère de la Culture et de la Communication concernant les service numériques culturels innovants : le projet d’une borne , présenté par CD1D, avec le soutien de la BM de Lyon, de la SMAC Le Fil (St Etienne) puis de la SMAC Les Abattoirs (Bourgoin Jallieu) et de Télécom St Etienne.(Université Jean Monnet) pour les aspects techniques

2 profils de bornes sont prévus :

– 1 pour les SMAC (billetterie, écoute du catalogue CD1D,..)

– 1 pour les bibliothèques et médiathèques (écoute, prêt streaming, géo-localisation structures musicales…).

L’envie de la BM de Lyon étant clairement de travailler sur le niveau local (le catalogue CD1D n’étant pas encore assez représentatifde l’ensemble de la production nationale ou internationale, la FEPPRA a semblé être l’interlocuteur privilégié. En effet, la FEPPRA gère la plateforme de vente digitale 1D-Rhône-Alpes, émanation régionale du catalogue CD1D.

Les bornes offriront différents services :

  • écoute du catalogue 1D-Rhônes-Alpes pour l’ensemble des utilisateurs de la bibliothèque
  • prêt streaming pour les inscrits à la bibliothèque : cette fonctionnalité permettra aux usagers de venir à la bibliothèque sélectionner un certain nombre de titres du catalogue 1D-Rhône-Alpes (50 ou 100 par mois) et de pouvoir les écouter de chez eux ou via leur smartphone.
  • Géolocalisation des acteurs musicaux locaux
  • Mise en avant éditoriale (artistes, labels, agenda…)
  • Billetterie dématérialisée
  • Achat de musique physique ou dématérialisée via 1D-Rhônes-Alpes

La BM de Lyon aura également une visibilité sur le site internet de 1D-Rhône-Alpes.

Les bornes pourraient être opérationnelles au début du second trimestre 2011, les étudiants de France Télécom en charge des tests de matériels et de certaines fonctionnalités techniques (tablettes tactiles, lecteurs de code-barres,…) devant rendre leurs premiers résultats mi-janvier (modèle expérimental, pas encore de coût de fabrication de la borne).

TABLE RONDE 2
REGARDS CROISES SUR LE 3
EME LIEU

Pierre Franqueville (Architecte, Directeur d’ABCD, agence d’ingénierie culturelle)
Jacques Bonniel (Maître de conférence de sociologie à l’Université Lumière Lyon 2)
Modération Christian Massault (BDP de la Loire)

Intervention de Jacques Bonniel

Constat autour des politiques culturelles :

Elles ne donnent plus les objectifs, on assiste à un échec de la démocratisation culturelle (promesses inatteignables), à la transformation des pratiques & de l’offre, à métissage des pratiques plus généralement.

Réf : La culture des individus / Bernard Lahire

Du fait de l’atomisation des individus, de la volatilité du sentiment d’identification à une classe sociale, dans quelle forme de sociabilité les individus peuvent-ils adhérer ?

Tout semble converger vers une forme de multi-appartenance identitaire dans nos pratiques culturelles, de loisirs etc… Les formes, les espaces dans lesquels se déploient les individus sont mouvants et très divers… alors que les institutions culturelles ont été crées en fonction de critères très marqués.

Les lieux d’identification, qui représentent déjà en soi une forme d’exclusion, doivent prendre en compte des univers de références très divers en fonction d’une gamme de pratiques elles-mêmes diverses. L’enjeu étant de permettre des usages multiples en jouant de la plasticité des objets, du temps, de l’espace, des lieux…

Aujourd’hui, l’Institution doit remplir des fonctions pour lesquelles elle n’a pas été prévue. Ce qui avait été rejeté par la « haute » culture, est devenu proliférant dans l’usage du temps social. La mondialisation culturelle impacte sur la façon dont les lieux culturels gèrent leur agenda. Le défi qui se pose étant d’arriver à fabriquer des formes de lieux qui n’induisent pas des usages normatifs déjà obsolètes par rapport à la pratique. De plus, l’industrialisation de l’enseignement bouscule la philosophie des lumières et l’idée que l’on se fait de l’éducation des masses.

Dans les faits, la forme correspond à un état dépassé de nos rapports sociaux. Il est primordial de penser la mixité des usages (exemple norvégien d’un lieu où l’on pouvait trouver en même temps, une piscine, une galerie photo etc…)

Intervention de Pierre Franqueville

http://www.abcd-culture.com/

En partant du cas de la BPI :
– bib qui ne reçoit plus correctement ses usagers (essentiellement un lieu fréquenté uniquement par les étudiants…)
– nécessité d’intégrer dans son fonctionnement l’intrusion de l’urbain et de la sphère privée dans l’équipement. Les postures changent, les jeunes générations s’en affranchissent (« génération vautrée » etc…) Capacité des jeunes à introduire dans l’équipement des postures qui ne correspondent pas aux canons des concepteurs du lieu.

Que faire ?
Sacraliser ou ouvrir le lieu ?
L’ouverture à de nouvelles pratiques & à une nouvelle demande implique un changement dans la forme, le réaménagement du lieu.

L’individu est multiple, un puzzle culturel : univocité est battue en brèche par l’idée (on peut aimer l’opéra & le hard-rock…).
Enjeu de l’urbanisme : invention ou refonte de nouveaux lieux où la notion de sérendipité (fait de réaliser une découverte inattendue au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte) aurait toute sa place. Des lieux qui à la fois permettent de trouver ce que l’on ne cherche pas et de générer des comportements de l’ordre de la trouvaille en matière de confrontation à l’autre.

Dans le passage à l’acte, dans la réalisation matérielle, nécessité de prendre en compte l’attente des élus (inventer des modèles en brisant les anciens…) Important que l’aménagement intérieur de ces nouveaux lieux soit privilégié, or on peut déplorer parfois que lors des concours d’architectes, tous les budgets soient pour la façade…

Idéal : arriver à créer un objet séduisant mais qui ne s’offre pas comme une vitrine mais capable d’accueillir différentes pratiques. Que le coût de la structure & de la façade laisse de la marge pour l’aménagement intérieur.

La structure de la collection ne doit plus donner la structure à l’établissement mais envisager plutôt différentes formes de confort et y glisser les collections.
Penser la médiathèque comme un lieu modulable, hybride.

Dans un même établissement :
– penser en terme de zones de confort différentes avec du mobilier différent etc… Injecter de la variété pour que chaque réflexe de sociabilité, de relation à l’autre trouve sa place.
– coupler la notion d’univers avec celle de thème documentaire. (Les collections génèrent certains réflexes chez les usagers au fait socialréf Emile Durkheim.)
– faire avec la baisse des dépenses publiques : les établissements devront fonctionner à plusieurs vitesses ; envisager par exemple d’ouvrir quand même la bibliothèque alors que tous les espaces ne seront pas ouverts ou accessibles au public.

Réactions & questions dans la salle :

Pourquoi la bibliothèque brûle-t-elle au même titre que la supérette ?

La bib représente une manifestation violente de l’exclusion.
Les actions faites à l’intérieur n’ont aucune action à l’extérieur.
Pas de liens de continuité des pratiques…
Composer avec ce qui s’est sédimenté pendant des années, on ne fait pas tabula rasa…
Nécessité de basculer dans le projectif quelque chose de segmenté…
Vivre ensemble tout en ne créant pas de communautarisme.

Cas du Lieu Unique à Nantes :
Sédimentation historique déjà présente.
Le neuf fabrique du froid. La réhabilitation est une chance.
Réutiliser l’existant, emprunter la vie des objets pour les réimplanter dans un lieu qui a vécu.
Toutes les composantes du 3ème lieu ne garantissent pas la réussite du programme. A partir de l’existant, chance d’aboutir à des solutions. Dans la contrainte donnée, il faut introduire des notions de 3ème lieu.

Et la musique dans un dispositif 3ème lieu ?

P. Franqueville : thème rassembleur.
Ex de Thionville : mise à disposition de studio de répétition, de création (en individuel ou en groupe), cohabitation dans un même lieu d’associations, d’une médiathèque, d’une scène de musique actuelle… Favoriser l’atténuation des clivages.

J. Bonniel : disséminer l’artiste dans le tissu social. Ne pas couper les « producteurs » de musique de ceux qui vont les activer.

Quelle cohabitation des niveaux sonores ?

Arriver à une acceptation & non-acceptation des différents bruits selon les zones mais sans isoler… Maîtriser l’acoustique tout en laissant la possibilité de créer des contrastes possibles.
Nécessité de lieux étanches, de confort acoustique…

Quelle réflexion autour des besoins en personnel pour ces nouveaux lieux ?

Importance de l’animation, du travail de médiation…
Concertation avec les élus : à équipe constante, reconfigurer les équipes en zone publique.
Economie sur certaines tâches pour aller vers des postes de médiation.
Envisager comment à ouverture minima, on y met le maximum.
Ouvrir plus en n’ouvrant que certains espaces dédiés.

P. Franqueville :
Attention au réflexe de ne faire appel qu’à des architectes qui ont déjà construitdes bibliothèques.
Risque de ne reproduire que des choses déjà faites. Inciter les élus à s’écarter, à aller chercher des concepteurs de gare, d’aéroports (spécialiste de la gestion des flux), d’espaces marchands, avec un autre traitement de l’ambiance, de la coloration des lieux, bref des architectes aux antipodes de la fabrication des lieux culturels.

Compte-rendu rédigé par :
Caroline Girard,
Pascal Arvinberod,
Catherine Lanoe,
Cyrille Michaud,
Thierry Pellet,
Nathalie Bondetti.

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